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Star Wars épisode X : Le philosophe de Cantina

Portrait de Raphaël Enthoven qui critique Star Wars et les récentes décisions autour d'Autant en Empore le Vent

Être philosophe serait apparemment un métier. Personne ne saurait dire précisément lequel ou en quoi il consiste. La seule chose qui pourrait faire consensus serait que pour être philosophe de plateau, il faut généralement être un homme, blanc… et réac’. Ce ne sont ni Zemmour ni Onfray, ni Finkielkraut qui me contrediraient.

Mais il manque un nom dans cette liste, un nom qui sévit régulièrement sur Twitter dans des saillies intellectuelles qui pousseraient n’importe quel stoïcien au suicide : Raphaël Enthoven. Philosophe zélé en 280 signes, pourfendeur de Greta Thumberg et de la féminizasion-islamo-écologique-antiraciste-intersectionnelle, ce BHL du numérique – chemise et chanteuse en moins – nous a régalés d’un autre de ses concepts : la prédation subliminale.

Ouvrons une parenthèse hautement politique et militante dans le Buzzle pour s’intéresser à une personne qui n’aurait rien à envier à Diogène en matière d’onanisme et de défécation publics.

Star Wars et les féminazies de l’espace

Il y a eu des reproches et des polémiques faits autour des derniers Star Wars, et moi-même je ne suis pas en reste concernant les incohérences et autres « petits abus sur le réel ». Mais j’avais raté quelque chose d’aussi grave qu’important, quelque chose que seul un penseur et homme médiatique pouvait relever : il y aurait de l’idéologie féministe dans Star Wars.

  • Une Leia leader politique d’une faction rebelle depuis l’âge de ses 16 ans et qui prend les armes ?
  • Une Ashoka promue Général à 14 ans et qui devient un personnage très important de l’Alliance rebelle ?

Pas du tout ! Raphaël ne sort pas de sa grotte pour du menu fretin militant, mais pour la menace fantôme qu’est la mixité des armées du Nouvel Ordre.

Dans un tweet que certains trouvent cryptique, notre Jedi de la libre-pensance mêle inquiétudes masculinistes fébriles et verbiage abscon de vieux boomer. Tout y est, ou presque :

  • La notion de complot de la « bien-pensance » pour « évangéliser » les gens à leur insu
  • Le rappel de la dangerosité de certains concepts comme l’égalité des sexes
  • Le champ sémantique complotiste et catastrophé de l’extrême-droite

Vous n’avez pas compris ? Enthoven nous dit que les armées du Nouvel Ordre comportent désormais des femmes, et que ce changement a été fait de la façon la plus discrète possible de afin de troubler vos sens et vous formater sans que vous ne vous en rendiez compte. Décryptons les mots, je vous prie :

« Dans la famille des évangélisations discrètes »

Ici, deux termes sont importants : famille et évangélisations discrètes. Le premier sous-entend qu’il existe d’autres formes d’évangélisations discrètes et que ce n’est pas la première fois qu’il repère, voire alerte sur cela. Le deuxième est là pour faire le lien entre une « religion » et une idée de « manipulation de masse ». Il y a donc une menace sur notre bonne vieille république galactique.

« des petits abus sur le réel et des prédations subliminales »

Petits abus sur le réel renvoie ici l’idée qu’il y a tromperie sur ce que le « Réel » (terme utilisé par les libéraux pour évoquer une notion vague de « vraie vie contre laquelle on ne peut rien ») éprouve au quotidien. Ce qu’Enthoven va dénoncer dans Star Wars est donc une erreur au regard de la réalité, de notre réalité.

Et cela va plus loin : Star Wars ne déforme pas seulement la réalité, il porte en lui quelque chose de dangereux. Le mot « prédation » est là pour nous alerter sur le fait que nous sommes victimes potentielles et « subliminales » pour nous prévenir que nous ne nous en rendrions pas compte (heureusement, lui si).

Après ce build-up alarmiste, on s’attend à ce que le philosophe nous livre une analyse fine et profonde de l’œuvre de George Lucas. Qu’il nous explique en quoi Star Wars pourrait être un danger pour nos mœurs, nos modèles républicains et sociétaux. Et il le fait :

« avez-vous remarqué que les stormtroopers du dernier Star Wars émettent, avec une régularité infaillible, une fois sur deux (mot, rire ou cri), un son féminin ? »

Les Stormtroopers sont ici relégués au rang de droïdes, toute la sémantique nous renvoie à des robots, des numéros dépourvus d’âme qui constitueraient une armée de l’ombre et marchant au pas pour une guerre… pour le féminin. Il nous interroge : est-ce que nous sommes trop cons pour être passés à côté d’un détail crucial dans les derniers Star Wars ? Pas la perte entière d’un scénario sur trois films : la féminisation parfaitement paritaire d’une armée entière !

Traduisons ce Yoda improbable

Raphaël Enthoven pointe du doigt le fait que l’armée du Nouvel Ordre serait donc mixte, au mépris selon lui de la logique de la vraie vie, et il dénonce le fait que ce changement aurait été opéré de façon discrète, en lien direct avec les luttes féministes.

Pour Enthoven, la mixité des armées serait une affaire de féminasiths.

Ce qui est vrai, quelque part, puisque c’est grâce au féminisme qu’on considère que les femmes peuvent prendre les armes et mourir sur un champ de bataille. Mais il oublie que les armées les accueillent depuis quelques décennies. Et qu’accessoirement, l’univers de Star Wars n’avait pas attendu les derniers films pour intégrer des femmes dans les rangs.

Alors pourquoi Raphy nous alerte soudainement sur un film sorti il y a +1 an ?

Aucune actu ne correspond à Star Wars. Aucune actu ne correspond aux luttes féministes. Raphaël Enthoven fait une véritable fixette sur le « néoféminisme », nous le savons, il pourrait donc s’agir d’une simple crise d’Enthovitte.

Mais Raphaël est un Twittos dans l’âme – avec des cheveux qui hurlent que lui, c’est un penseur éclairé – mais un Twittos quand même. Il n’est ni plus ni moins passionné que @Caro#Matricule4785 ou @LunaLoveAll. Il est comme vous et moi : quand il voit une actu qui l’énerve, il pense que son opinion doit être écrite et diffusée « pour le plus grand bien ». Il tweete, donc.

C’est forcément qu’il y avait un lien avec l’actualité et sa prise de parole. Or, et c’est là qu’on voit que ce contrebandier de la réflexion ne craint pas seulement pour sa virilité (#PredationsSubliminales), il y a bien une actu qui pourrait expliquer ce soudain intérêt pour la politisation des œuvres d’art.

Vous n’avez pu le rater, mais en plein #BlackLivesMatter, un coup de comm a fait sensation sur Twitter hier : HBOmax retire le film Autant en Emporte le Vent pour y ajouter un disclaimer sur son contenu raciste [1].

Danger sur notre patrimoine cinématographique aux mains des progrennasiths !

Pour Raphaël Enthoven – et pour une partie des Boomers et autres réac’ – Le choix d’HBO d’ajouter à une œuvre ouvertement raciste (du fait de son thème, de son époque et de son révisionnisme « Sudiste ») une sorte d’avertissement/contextualisation serait dangereux et choquant. Les mots « censure » ne tardent d’ailleurs pas à fuser – au mépris de toute réalité sémantique, et les tweets rivalisent de bêtise et de RT complaisants.

La LICRA montre qu’elle n’est ni capable de lire correctement un article ni de se borner à sa propre mission de « Ligue Internationale Contre le Racisme et l’Antisémitisme ».

Enthoven (encore lui) fait preuve d’une souplesse rare que beaucoup d’hommes lui envient, et se félicite de sa clairvoyance. Montrant qu’il confond décidément tout en exhumant une ancienne décision d’ÉDULCORER le film, il se précipite pour tweeter et comparer une modification de l’œuvre avec un ajout d’une sorte d’une préface.

Puis, il retweete la réaction d’Audrey Pulvar (femme noire que « l’on ne pourrait accuser » de réactance, et qui sert ici de caution), et ironise sur ce que les œuvres peuvent induire dans les attitudes et pensées des gens.

Deux heures plus tard, et avant de finalement porter son attention sur une autre de ses indignations de moineau, il nous gratifiera de son avertissement sur Star Wars, mettant sur le même plan la mise en contexte d’une œuvre raciste et la représentation des genres dans les films.

Il y aurait donc deux menaces pour Maître Enthoven : la mixité et la mise en perspective d’une œuvre. Deux parents de « l’évangélisation discrète ».

« Il n’y a pas d’ignorance, il n’y a que la connaissance »

Il est particulièrement étrange de noter que pour un philosophe sensément incarner la pensée haut-de-gamme proposer de réfléchir à une œuvre dans son contexte s’apparenterait à de la censure, voire à du totalitarisme.

Pour Enthoven, dire qu’Autant en Emporte le Vent est un film de propagande Sudiste américaine relativisant l’époque coloniale serait donc dangereux.

Nous avons donc un philosophe pour qui proposer de repenser une œuvre (donc un propos) dans un contexte et une époque aux mœurs différents serait donc un danger pour la liberté et un déni de l’Histoire. Une sorte de « prédation subliminale » lancée aux trousses de notre patrimoine et de notre passé.

Dans sa chronique sur Europe 1, le philosophe décriait la censure « au profit de la vertu », amalgamant avec complaisance méthodes nazies, orwellinisme et totalitarisme. Et il ressort cette chronique, nous expliquant qu’il nous mettait déjà en garde « à l’époque » contre « la dictature de la bienpensance », contre ce « révisionnisme de bisounours ».

Et de conclure dans cette même chronique, pas peu fier de sa démonstration : « Le Bien et le Mal ont les mêmes méthodes »…

 

Et moi de dire : « Le philosophe et le poivrot du coin ont les mêmes tweets. »

 

Note : Pour les personnes bloquées par Enthoven, voir mon tweet pour les captures d’images relatives à l’article.

Sources : [1] https://www.courrierinternational.com/article/cinema-aux-etats-unis-autant-en-emporte-le-vent-temporairement-retire-de-la-plateforme-hbo

Écrit par

Conceptrice-Rédactrice spécialisée en Storytelling depuis 2014, vous pourrez acheter certains de mes articles sur Wriiters.   Connue comme une plume acérée dans le Web, je gratte surtout de l’Édito Digital, mais aussi de l’Actu Politique engagée dans un style qui crèverait d’envie d’être « Canard Enchaîné ».   Auteure de nouvelles et histoires en tous genres, joueuse de jeu de rôles et fut encore pas si longtemps de jeux vidéo, j’ai une culture Geek qui me fait parfois traiter ces sujets pour des billets.

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