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Street art : nos villes pleines de couleurs

L’histoire de l’art est pleine d’événements qui sont l’origine de la naissance de mouvements que vont embrasser par la suite tous les membres d’une génération. Fiers de pouvoir apporter leur propre touche à une histoire longue de plusieurs millénaires, ils s’approprient de nouveaux savoir-faire, de nouvelles techniques, de nouvelles façons de représenter le monde, leur monde, à leur époque. A posteriori ils sont considérés comme des jeunes gens qui ont su être les symboles de leur temps, de la mentalité et de la sociologie d’un endroit à une époque précise. C’est ce que sont aujourd’hui les street artistes et ce qu’étaient avant eux les graffeurs. L’urbanisation massive et les transformations extraordinaires qui ont eu lieu dans les grandes villes des Etats-Unis après la seconde guerre mondiale, avec comme point d’orgue la finalisation de la Cross Bronx Expressway à New York City, ont complètement transformé la vie de leurs habitants. C’est là qu’est né un mouvement qui allait par la suite essaimé à travers tout l’Occident puis dans le monde entier : le Hip Hop.

hip hop

Hip Hop, rap, danse et Graffiti

Le mouvement Hip Hop est né quelque part entre New York City et Philadelphie, les deux grandes cités en revendiquant l’origine. Ce que l’on sait très bien en revanche c’est qu’il a constitué dès le départ en une culture urbaine juvénile. Il a donné la possibilité à de nombreuses personnes, souvent déscolarisées ou en situation de chômage, d’avoir une chose sur laquelle compter. Le Hip Hop était un nouvel art de vivre la ville, une façon de s’approprier ces rues et ces quartiers dévastés par les travaux, parfois scindés en deux par des crevasses au fond desquelles on entendait jour et nuit le son des pelleteuses et des marteaux-piqueurs. La ville à grise mine devenait tout-à-coup dynamique, on chantait et on dansait d’une façon toute nouvelle, on commençait aussi à se trouver un style vestimentaire. Puis on s’est aussi mis à écrire son nom, celui de sa rue ou de son quartier un peu partout, comme pour dire à la ville toute entière que l’on existait, que rien ne pourrait nous effacer de la carte, pas même des armées de camions et d’ouvriers du BTP. Le Graffiti était né.

Mode d’expression ou mouvement artistique ?

Au départ ces jeunes américains n’ont pas pris de recul, ils ont vécu à 100% le Hip Hop,qui ne portait pas encore de nom parce que l’on n’avait pas encore eu le temps de lui en donner un. On ne disait pas encore graffiti mais plus basiquement writing, c’est-à-dire écrire. On ne cherchait pas à faire des fresques dignes des musées d’art moderne, non : on écrivait son nom, celui de ses potes, celui de son posse – son équipe, ses proches en réalité. A l’heure où les gangs commençaient à s’affronter, on remplaçait ceux-ci plus volontiers par des groupes mêlant chanteurs – qui deviendraient rapeurs -, danseurs et writers. On était là pour s’amuser, ou lieu de déchanter, pour rivaliser de talents au lieu de s’entre-tuer. C’est pourquoi chaque forme artistique a commencé à s’affiner, à se donner des codes et à se transmettre de quartier en quartier, chacun ayant son identité. Une fois que tout cela a traversé l’Atlantique, d’autres styles sont apparus et d’autres écoles sont nées. On ne parlait pourtant pas encore d’art ou de culture, ni même de sous-culture, on vivait cela pleinement, comme s’il n’y aurait jamais de lendemain.

tag

L’invasion du graffiti et du tag

Puis au fil des années certains de ces jeunes prêts à imposer à la face du monde leur façon de voir la ville ont commencé à recouvrir les murs des grandes métropoles d’inscriptions lisibles seulement par eux-mêmes et leurs congénères, des sortes de hiéroglyphes de temps modernes aux couleurs venant choquer la cornée du passant qui, loin de se douter de ce qui se passerait plusieurs décennies après, les traitaient déjà de vandales et de vauriens. Mais ces jeunes urbains ne connaissaient plus qu’une réalité : il leur fallait conquérir le territoire, celui des murs de la ville comme celui des tunnels de métro, des quais ferroviaires, mais aussi, imitant leurs aînés new yorkais, les rames de train et de métro. Le monde leur appartenait déjà et les styles évoluaient en tous sens : block letters, throw ups, burners, et tags bien sûr, mais aussi couleurs, personnages, fresques gigantesques dans les terrains vagues si nombreux à cette époque dans toutes les grandes villes d’Europe et d’Amérique du Nord.

graffiti

Des lettres et des personnages

Tout étant prétexte à se démarquer et à devenir le roi de la rue, les tagueurs ont commencé à devenir plus originaux, à inventer des formes de lettres inédites, des tracés compliqués, afin d’être tout-à-coup, sans le savoir, de vrais typographes d’une inventivité hors norme. S’inspirant des publicités qui avaient auparavant envahi les parois des immeubles comme les pieds des ponts d’autoroute, de même que des onomatopées des bandes dessinées, ils ont bientôt recouvert les murs de quartiers entiers. En parallèle les spécialistes des personnages, reprenant d’abord les héros de leurs bandes dessinées d’enfance, ont commencé à eux aussi à développer des styles typiques, allant de ces b-boys à casquettes de base-ball, une bombe de peinture ou un marqueur dégoulinant d’encre à la main. Ainsi une faune est née, peuplée aussi bien de personnages de comics que de monstres, de portraits de personnages réels…

De la rue aux galeries d’art

Au gré de leurs déambulations urbaines, des photographes professionnels se sont intéressés à ces créations graphiques si particulière, si modernes et si iconoclastes et ils se sont mis en tête de les immortaliser, pensant qu’un beau jour ces adolescents grandiraient et laisseraient à la cave leurs bombes de peintures, d’ailleurs souvent volées dans les supermarchés. Puis ce sont des galeristes américains qui, les premiers, ont voulu permettre aux plus talentueux de ces jeunes peintres de présenter différemment leurs travaux, en galerie. Ils se sont bien sûr pris au jeu, ces jeunes que rien ne pouvait arrêter. Reproduisant dès lors sur toile les lettrages et autres fresques dont ils ornaient les murs jusque-là, ils ont tout-à-coup charmé les collectionneurs, d’abord un petit nombre bien entendu, puis graduellement de plus en plus d’amateurs d’art à la recherche de nouveauté comme de modernité.

Obey - Sheppard Fairey

La naissance du street art

Certains, écœurés par ce qu’il considérait comme une trahison, ont entrepris, eux, de ne plus faire que du graffiti vandale, montrant volontiers des œuvres sales, réalisées rapidement, sans recherche esthétiques, juste dans le but d’afficher encore et encore leurs noms de scène et ceux de leurs groupes, gravant les vitres des trains, taguant à l’acide les vitrines des magasins. On dit pourtant que les deux franges de cette nouvelle culture pouvaient très bien se côtoyer, faire partie de la même équipe, les uns jouant le beau rôle et les autres le mauvais, volontairement et en toute harmonie. La génération suivante, celle qui avait grandi en regardant les murs de leurs villes se couvrir de graffs et de tags, ont continué à faire évoluer la discipline. C’est là que sont apparus les artistes qui, loin de vouloir se comporter en vandales, ont choisi de ne réaliser que de grandes œuvres, mélangeant ainsi les codes du Graffiti et celui de l’art mural préexistant. C’était la naissance du street art.

Invader à marseille

Le street art aujourd’hui

Désormais le street art est considéré comme un courant à part entière, on trouve partout des galeries dédiées aux œuvres des street artistes comme Cope2, T-Kid, Jonone, Bom-K, Miss Van, Brusk ou encore C215, Madame… Aujourd’hui tout le monde connaît Shepard Fairey – pour ses célèbres affiches Obey ou son portrait de Barak Obama surmonté du mot Hope – ainsi que des artistes proposant encore des œuvres plus originales encore comme Banksy ou Invader. Que l’on vienne ou non du monde du Graffiti, il y a de place pour tout le monde. D’ailleurs aujourd’hui les vieilles stars du mouvement et parmi elles les plus vandales qui soient, participent volontiers au mouvement : Nasty, Dok, L’Atlas, Zenoy… Ces noms apparaissent désormais dans les listes de ventes aux enchères, comme dans les catalogues des plus grandes galeries d’art parisiennes, new yorkaises ou berlinoises.

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Il n'y a pas que le travail dans la vie. J'aime pas mal de choses autour, dans la "vraie" vie : cuisiner, manger, boire du bon vin avec mes amis, regarder les matchs de l'OM avec mes enfants (et si possible au Vélodrome), jardiner, lire (romans, mangas, essais...). Je partagerai ces passions ici. Pour des articles autour du webmarketing, du SEO et du netlinking - mon terrain de jeu préféré - ainsi que d'autres sujets variés, vous me trouverez sur Wriiters

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