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Du « populisme » et du gros temps à venir

Les médias ont fait état d’une certaine paranoïa des services de renseignements lors du déconfinement. Des gilets jaunes, des black blocs, des émeutes urbaines… Non, finalement, rien, plus de peur que de mal. Revenu à la raison, l’État français a pourtant de bonnes raisons de s’en faire pour les années qui viennent. Le gouvernement au centre comme barrage au populisme pourrait bien trouver ses limites dans la crise qui vient.

Populisme : définitions pour un cliché contemporain

Sens politique traditionnel

Il faudrait remonter jusqu’à la fin de la République romaine pour trouver une première illustration du phénomène. Jules César fut en effet le dernier représentant d’une tendance politique, les Populares, opposés à la main-mise des grandes familles sur l’État. Des aventuriers, eux-mêmes souvent issus de l’aristocratie, s’imposaient auprès du peuple en capitalisant sur le prestige de leurs succès militaires. Ils finançaient des Jeux, des distributions de pain ou de farine et s’appuyaient sur les vétérans qui avaient servi dans leurs armées pour recruter auprès de la plèbe urbaine.

Capitaliser sur la misère et la colère, légitime, du peuple, employer la démagogie, les bases encore utilisées de nos jours étaient posées… Le but politique était évidemment moins noble que la propagande produite : il s’agissait avant tout de se débarrasser des adversaires politiques du parti aristocratique pour pouvoir saper petit à petit les fondements politiques de la République.

À l’époque contemporaine, le terme populisme fut utilisé pour désigner une tendance révolutionnaire russe de la fin du dix-neuvième siècle, proche théoriquement et dans la pratique de l’anarchisme. Mais en France, le mot a toujours été associé à des mouvances d’extrême-droite, du général Boulanger jusqu’à Pierre Poujade dans les années cinquante.

Sens journalistique actuel

En politique au moins, les lieux communs viennent toujours de quelque part. Le discours idéologique, comme les habitudes culturelles, sont produites par les élites dominantes et se diffusent en direction des dominés. On invente par exemple des formules très vagues ou des euphémismes auxquels on donnera une connotation positive. L’expression « réformes structurelles » en est une illustration. Une réforme, c’est forcément moderne, et ceux qui s’y opposent sont par conséquent des conservateurs partisans de l’immobilisme.

À l’inverse, on produit des clichés au sens péjoratif en opérant au besoin un glissement sur le sens des mots : on parle d’extrême-gauche pour Mélenchon, expression traditionnellement réservée aux trotskystes, quand son programme est semblable à celui du Parti Socialiste dans les années-soixante-dix… De la même façon, le terme populisme est devenu un fourre-tout journalistique qui traduit avant tout le mépris de classe.

L’acception du terme est en effet devenue très large et ne désigne plus forcément des tendances de l’extrême-droite. Pour les médias mainstream, on y trouvera pêle-mêle les Brexiters, les gilets jaunes, les partisans de Victor Orban, Podemos, Die Linke… Le seul point commun de ces groupes ou tendances est d’être critiques envers les institutions européennes et le raidissement autoritaire des partis de gouvernement : rien qu’en France, trois recours au 49.3 pour Manuel Valls, gouvernement par ordonnances pour Macron, mesures sécuritaires provisoires qui se retrouvent inscrites dans la loi, manifestations réprimées de manière plus violente que dans les années soixante ou soixante-dix.

Objectifs politiques du glissement de sens

Discréditer le discours de l’adversaire est une des techniques de rhétorique décrites par Schopenhauer dans son petit bréviaire, L’art d’avoir toujours raison. Mais discréditer l’adversaire lui-même s’avérera encore plus efficace. La « violence des gilets jaunes » a par exemple occupé les rédactions des grands titres de presse pendant deux mois début 2019 et les chaînes d’info en continu proposaient des plateaux quotidiens sur le sujet.

Ranger les discours et les personnes dans la catégorie populiste est avantageux dans le sens où le débat n’est plus nécessaire. La tradition jacobine française grossit le trait : la politique est un sujet sérieux qui doit être délégué à des représentants. Des spécialistes doivent en toute logique en avoir la responsabilité puisqu’il est convenu au départ que les gens n’ayant pas fait d’études supérieures ne peuvent rien y comprendre.

Les deux tendances organisant l’alternance en France depuis 1958 étant en lambeaux, le cadre politique doit également trouver de nouveaux repères. Il semble assez peu probable à l’heure actuelle qu’un candidat représentant un parti de gouvernement traditionnel puisse se trouver au deuxième tour en 2022. Le bipartisme disparu, il ne reste plus que le centre contre les « extrêmes » (synonyme journalistique pour populisme).

Gouverner au centre : le bout du bout

Le XVIII Brumaire d’Emmanuel Macron

L’arrivée au pouvoir de Macron en 2017 présentait certains points communs avec le coup d’État de Napoléon III en 1852. D’abord une rupture avec le fonctionnement du système politique : Macron est le premier candidat « hors-sol » à devenir président dans l’histoire de la Cinquième République. Au-delà des péripéties de la campagne, cet état de fait traduisait surtout la désillusion des électeurs envers les deux partis de gouvernement traditionnels.

Ensuite, le président et l’empereur partageaient la même base sociale : la bourgeoisie et une fraction suffisante des classes moyennes éduquées. Ceux qui depuis des années regardent tomber les autres en ayant peur que le déclassement social atteigne un jour leur catégorie.

L’aventurisme politique, également : comme Napoléon III, Macron s’est entouré d’hommes nouveaux caractérisés plus par l’ambition que par les compétences. Et de quelques vieux routiers de la politique, de gauche comme de droite, qui voyaient en lui la possibilité de rester aux affaires, pour crédibiliser son statut présidentiel.

Enfin, la volonté de gouverner au centre. Le centre est la base d’une démocratie parlementaire et tous les gouvernements précédents ont été contraint de le conquérir. Quels que soient les discours proférés pendant les campagnes, l’appartenance politique revendiquée ou les projets promis. Pour qu’un système perdure, il faut que la majorité de la population, à tord ou à raison, pense y avoir un intérêt. Et c’est à partir du centre que se construit l’adhésion.

La fin de l’âge libéral … sauf en France

La plupart des économistes considèrent le virage qu’opéra Mitterrand en 1983 (gels des salaires) comme la première des politiques d’austérité que tous ses successeurs ont perpétué. La tradition sociale française engendra des résistances plus importantes que dans la plupart des pays européens. Il faudra attendre Hollande pour que soit définitivement achevé une besogne libérale que Blair et Schröder (deux sociaux-démocrates également) avaient finalisé dans leurs pays respectifs dès les années quatre-vingt-dix.

Formé à l’école du libéralisme, Macron va persister dans la voie de l’austérité alors qu’au niveau mondial la plupart des gouvernements tentent depuis plusieurs années des politiques de relance. Le résultat, la révolte des gilets jaunes, traduira à la fois la fragilité du régime et l’impossibilité pour les perdants de la mondialisation à s’organiser politiquement dans le cadre du système actuel.

Cette impossibilité pose problème et remet en cause le fonctionnement traditionnel de la démocratie parlementaire. Il n’y a plus de mouvement socialiste (au sens large) capable de traduire politiquement les aspirations des plus dominés. Et de l’autre côté, pour protéger son socle électoral et garder son adhésion, Macron ne peut faire autre chose que ce qu’il fait. Cette double contradiction est tout à fait inquiétante et le marasme économique promis par le Covid-19 laisse planer un doute sur la capacité du système à se perpétuer une nouvelle fois en 2022.

Le pire est à venir

En matière de communication de masse, la stratégie du pire est une vieille recette aux bénéfices éprouvés. Lorsqu’un gouvernement veut faire passer une pilule difficile, il commence par dire que la situation est catastrophique. Puis, dans un deuxième temps, qu’il ne saurait exister d’autre solution que celle qu’il propose, même si si cette solution réclame bien évidemment des « sacrifices ». Réforme des retraites récemment, assurance chômage, trou de de la sécu, les exemples sont innombrables.

Même si les médias mainstream préfèrent parler d’autre chose, la situation des moins favorisés risque de devenir dramatique à court terme. Il y a déjà de longues files d’attente en Seine-Saint-Denis aux portes des associations caritatives. Le chômage a progressé de 7 % en mars 2020 et la tendance à la hausse devrait se maintenir dans les mois qui viennent. Il est toujours difficile de mesurer les conséquences d’une crise mais le risque de voir s’installer un climat politique épouvantable est grand.

Les cartes pour 2022 risquent d’être rebattues. Jusqu’au début de l’année, Macron se voyait déjà réélu dans un fauteuil. Les circonstances risquent de l’amener à gouverner de façon encore plus autoritaire. Et la crise économique risque de générer des mécontents jusque dans son socle électoral. Le chantage au « moindre mal » qui lui a permis d’être élu en 2017 pourrait bien cette fois-ci trouver ses limites.

Écrit par

Auteur, depuis toujours, j'ai écrit plusieurs romans et publie régulièrement des nouvelles sur le net. Je termine actuellement ma formation de correcteur et je suis rédacteur web depuis six mois. Mes domaines de compétences principaux sont la littérature et la politique . Mon profil Wriiters.

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