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#MeToo et harcèlement sexuel des femmes au travail : l’impact est-il positif 2 ans après ?

Metoo

Près d’une femme sur trois est victime de harcèlement sexuel au travail en France. Sifflements, commentaires grossiers, contacts physiques déplacés, attouchements sur une zone érogène,…les formes que prennent le harcèlement sexuel sont nombreuses.
Certaines catégories de femmes y sont plus sujettes. Une enquête de l’IFOP en 2018 cite les célibataires (35%), les femmes travaillant en région parisienne (38%), les minorités sexuelles, bis et lesbiennes (60%) ainsi que les professions intellectuelles supérieures (40%).
Les mouvements #MeToo ou #BalanceTonPorc ont changé quelque peu la donne en faisant exploser le tabou du harcèlement sexuel sur les réseaux sociaux. Mais a-t-il vraiment libéré la parole en entreprise ? Quels sont les effets collatéraux ?

Le mouvement #MeToo

Le mouvement #MeToo prend son essor au Etats-Unis à la fin des années 2000. C’est Tarana Burke, militante féministe américaine qui le lance. Elle y dénonce les violences sexuelles faites aux femmes et notamment celles issues des minorités.
Tarana Burke a elle-même été victime de violences sexuelles et comprend d’autant mieux l’omerta qui règne autour de ce sujet tabou. Elle est d’abord incapable de s’ouvrir aux jeunes filles qui lui témoignent ces violences. Elle prend ensuite le sujet à bras le corps et lance le mouvement « Me too » pour aider les victimes en 2007.
Alyssa Milano, actrice américaine, fait exploser la couverture médiatique liée à ce mouvement en 2017, suite à l’affaire Weinstein. Elle lance le hashtag #MeToo pour encourager les victimes de violences sexuelles à dénoncer les agressions qu’elles ont subies. Le hashtag devient rapidement viral et se décline dans le monde entier : #MoiAussi au Canada, #QuellaVoltaChe en Italie,… En France, c’est Sandra Muller qui lance #BalanceTonPorc. Désignée comme Personnalité de l’année 2017 par le célèbre magazine Time, elle démocratise le hashtag qui enregistre plus d’un million d’utilisation.

Agissement sexiste, harcèlement sexuel, agression sexuelle : 3 définitions précises

Le harcèlement sexuel : où est la limite ?

Un guide du harcèlement sexuel édité par le gouvernement [1] en 2019, suite à l’ampleur MeToo donne quelques clés.
Il s’agit d’une « pression grave due à un abus d’autorité dans le but d’obtenir un acte de nature sexuel (dit harcèlement sexuel assimilé) ». Il s’agit également de « propos ou comportements à connotation sexuelle non désirés et répétés ». Le climat intimidant, sans même exprimer de menaces évidentes, peut être retenu comme du harcèlement sexuel.
Il se distingue de la séduction par une non-réciprocité, un non-respect, et une inégalité entre les deux personnes. Le harceleur cherche à imposer son choix et/ou son pouvoir en niant l’autre. La victime présumée se trouve mal à l’aise, humiliée et niée.
Il peut s’agir de sifflements, gestes ou commentaires grossiers, remarques gênantes sur une tenue ou des éléments du physique, propos obscènes, écrits à connotations sexuelles, réception de photos ou vidéos à caractère sexuel, contacts physiques légers ou sur des zones érogènes ou génitales, réception d’invitations ou de cadeaux compromettants, …
Le harcèlement sexuel se distingue :
– De l’agissement sexiste ou encore sexisme ordinaire. Il s’apparente à des remarques et blagues sexistes, des incivilités en raison du sexe (couper la parole, ignorer la parole, …), des interpellations familières (« ma belle », « ma petite »,…), de la fausse séduction, du sexisme bienveillant ou des considérations sexistes,…
– Du harcèlement moral. Il prend toutes les formes décrites précédemment. Il porte atteinte à la dignité et au droit du salarié au point d’altérer sa santé ou compromettre son avenir professionnel. Mais il se caractérise par un harcèlement dénué de connotations sexuelles.
Il n’est pas toujours évident de faire la part des choses. En témoignent les écrits suivants.
Une tribune du monde, en janvier 2018, défend la « Liberté d’importuner ». Soutenue par 100 femmes dont Catherine Deneuve ou Ingrid Caven, elle proclame son « rejet d’un certain féminisme et le droit à la drague insistante ou maladroite ».
Sandra Muller, créatrice du hashtag #BalanceTonPorc, est poursuivie et condamnée pour diffamation après son tweet. Il y intègre le nom de son « agresseur » présumé. La Cour juge que l’expression dont elle a été la cible « Tu as des gros seins. Tu es mon type de femme. Je vais te faire jouir toute la nuit », relevait plutôt de la drague lourde et du propos déplacé plutôt que du harcèlement.

L’agression sexuelle, plus sévèrement réprimée

L’agression sexuelle regroupe l’« ensemble des atteintes sexuelles commises avec violences, contraintes, menaces ou surprise », sans le consentement clair et explicite de ladite personne.
Si la victime ne se défend pas car elle fait l’objet d’une contrainte morale, l’agression sexuelle est également retenue.
Il peut s’agir d’attouchements ou de viol, s’il y a eu pénétration.
Elle est plus sévèrement réprimée que le harcèlement sexuel. Les tentatives d’agressions sexuelles sont punies à la même hauteur que les agressions elles-mêmes.

Une perception différente des 2 sexes sur le terme de harcèlement sexuel ?

On pourrait croire que les hommes et les femmes ont des perceptions différentes de ce qui peut être vu comme du harcèlement sexuel.
Dans l’imagination collective, les hommes seraient moins conscients de ce qu’est un comportement de harcèlement sexuel, et les femmes trop sensibles. Une étude menée par Leanne E. Atwater [2] sur les conséquences du mouvement MeToo dans le monde de l’entreprise,  montre qu’en réalité, leur perception de la chose est loin d’être si différente.
Elle a comparé les perceptions d’un groupe de femmes et d’un groupe d’hommes à 19 attitudes qui peuvent être assimilées à du harcèlement sexuel comme : insister pour inviter une femme à sortir alors qu’elle a dit non une fois, envoyer des blagues sexuelles par mail à une subordonnée, commenter la tenue d’une collègue,…. Les deux groupes ont généralement donné les mêmes réponses. Lorsqu’elles différaient, les hommes considéraient plus facilement qu’il s’agissait de harcèlement sexuel.
Les perceptions de ce qu’est le harcèlement sexuel au travail est plutôt communément admis tant par les hommes que par les femmes.

Les effets bénéfiques du mouvement MeToo…finalement négatifs ?

L’étude de Leanne E. Atwater et al, 2018 et publiée dans la célèbre Harvard Business Review revient sur les effets du mouvement MeToo en entreprise. Le but était de libérer la parole des victimes de harcèlement et d’agressions sexuelles et in fine d’améliorer les conditions de vie et de travail des femmes.
Les effets bénéfiques se sont bien fait sentir sur la libération de la parole :
– 74% des femmes interrogées affirment qu’elles seraient plus à même de parler d’une situation de harcèlement sexuel en entreprise.
– 77% des hommes se disent plus vigilant par rapport à d’éventuels comportements inappropriés.
Dans la réalité, l’enquête IFOP montre que lorsque les victimes se confient, elles le font généralement envers un collègue ou un proche de même rang, au pouvoir limité. Seules 16% d’entre elles s’en remettent à un supérieur hiérarchique.
L’enquête de Leanne E. Atwater montre d’autres effets collatéraux, plutôt négatifs :
– 10% des hommes et des femmes se disent moins enclins qu’avant à engager des femmes séduisantes de peur des potentielles conséquences.
– 22% des hommes et 44% des femmes pensent que les hommes excluront plus facilement les femmes d’évènements type Afterwork.
– 1 homme sur 3 éviterait les réunions en one-to-one avec une femme.
– 56% des femmes pensent que les hommes continueront à harceler mais prendraient plus de précaution
– 58 % des hommes auraient peur d’être accusé injustement.
Les chiffres établis un an après ne sont guère plus optimistes, au contraire.
La libération de la parole semble avoir fait ses preuves. Les femmes sont plus disposées à se confier mais parlent-elles à la bonne personne ? Et jusqu’où vont-elles pour dénoncer le harcèlement dont elles sont les victimes ? L’effet collatéral est une plus grande méfiance des hommes par rapport à des « situations à risques »,… quitte à laisser les femmes de côté ?

L’entreprise, acteur indispensable dans la prévention du harcèlement sexuel au travail

L’employeur a l’obligation de mettre en place une politique de prévention en matière de santé et de sécurité. Sa responsabilité est engagée. La prévention contre le harcèlement sexuel au travail, les agressions sexuelles au travail ou mêmes les agissements sexistes au travail en font partie.
En cas de manquement, il peut être condamné au paiement de dommages et intérêts. Vous pouvez également engager une rupture du contrat de travail au tort de votre employeur et être indemnisé.

L’information au sein de l’entreprise

La prévention contre les agissements sexistes, harcèlement sexuel au travail ou agression sexuelle passe par l’information des salariés :
– Sur la définition du harcèlement sexuel.
– Sur les sanctions prévues par la loi.
– Sur les coordonnées des autorités et services compétents pour faire face à ces situations dans votre entreprise.
Encore faut-il qu’elle soit visible partout et par tout le monde. L’affichage se fait dans les locaux, sur le site intranet de l’entreprise, lors d’un entretien d’embauche et dans le règlement intérieur.
Des formations de sensibilisation des salariés, des membres du Comité Social et Economique, des personnels encadrants
Tous les salariés, employés, managers, … doivent être capables d’identifier les situations de harcèlements ou d’agissements sexistes par l’intermédiaire des informations mis à leur disposition. Des temps d’informations, de formations ou d’échanges peuvent être mis en place pour aider à identifier ces situations dont chacun peut être l’auteur, la victime ou le témoin.
Les opérations de sensibilisation et de formation traitent de l’identification des situations, mais aussi les modalités de signalement, des personnes ressources, du régime de protection juridique, des sanctions, des dispositifs d’accompagnement, …

La désignation d’un référent « lutte contre le harcèlement sexuel et les agissements sexistes »

Si votre entreprise emploie au moins 250 salariés, elle doit désigner un référent au sein des ressources humaines. Il prend en charge la sensibilisation et la formation des salariés, l’orientation vers les autorités compétentes, la mise en œuvre des procédures internes pour le signalement et le traitement des situations, les enquêtes internes suite à un signalement.

La mise en place d’une procédure interne de signalement

C’est le référent qui porte ce sujet. Des pistes pour éviter le harcèlement sexuel en entreprise sont proposées par le gouvernement [1]  mais l’entreprise reste libre de construire son propre projet.
La prévention au titre de l’obligation générale en matière de santé et sécurité
De façon générale, l’employeur se doit de faire tout le nécessaire pour garantir la sécurité et la santé physique et mentale des travailleurs.
Cela inclut l’évaluation du risque du harcèlement sexuel et des agissements sexistes dans le document unique d’évaluation des risques, au même titre que les autres risques au travail. Le sujet du harcèlement sexuel est aussi pris en compte dans les négociations au niveau des branches professionnelles.

MeToo en entreprise : libérer la parole, n’est qu’un début

MeToo a libéré la parole des femmes en entreprise aussi. Le mouvement a fait exploser les affaires prud’hommales liées au harcèlement sexuel au travail entre 2015 et 2017, entre l’affaire Baupin et l’affaire Weinstein. Il a aussi et surtout permis à la justice de changer son regard sur la parole des femmes.
Il était encore fréquent, il y a peu, de se faire accueillir aux prud’hommes par des conseillers qui affirmaient « qu’il y avait pire qu’une blague un peu lourde » de son employeur. C’est aussi ce qui arrive en entreprise où les hommes semblent être plus vigilants face à des comportements qu’on pourrait qualifier de sexiste…
Jusqu’à quel point ? La limite entre blague douteuse, sexisme et harcèlement sexuel n’est pas toujours facile à trancher. Il ne faudrait pas non plus isoler les femmes dans un monde de l’entreprise où il leur est déjà difficile d’atteindre l’égalité de traitement avec les hommes.
L’entreprise à d’ores et déjà et plus que tout un rôle majeur à jouer pour éviter le harcèlement sexuel des femmes par leurs collègues ou managers. L’organisation de formations pour reconnaître le harcèlement sexuel et le sexisme est déjà un bon point. Mais la chercheuse Leanne Atwater propose plutôt une formation axée sur le sexisme et l’attitude à adopter face à une femme. Leurs données montrent en effet que les salariés les plus sexistes sont plus susceptibles d’adopter des comportements négatifs. Une formation serait bénéfique pour modifier leur attitude.
Mais le fond du problème n’est pas réglé.
Et s’il résidait plutôt dans la manière d’envisager les rapports entre les hommes et les femmes, et ce, dès le plus jeune âge ? Le débat est ouvert…

Plus d’articles sur la parole libérée des femmes dans Buzzle

 

 

Sources :

[1] https://travail-emploi.gouv.fr/IMG/pdf/30645_dicom_-guide_contre_harce_lement_sexuel_val_v4_bd_ok-2.pdf
[2] https://www.youtube.com/watch?v=wriJ821JCss

https://www.lemonde.fr/idees/article/2018/01/09/nous-defendons-une-liberte-d-importuner-indispensable-a-la-liberte-sexuelle_5239134_3232.html
http://www.leparisien.fr/societe/sandra-muller-a-l-origine-de-balancetonporc-condamnee-pour-diffamation-25-09-2019-8159496.php
http://www.leparisien.fr/faits-divers/la-creatrice-du-hashtag-balancetonporc-sera-jugee-mercredi-pour-diffamation-28-05-2019-8081676.php
https://fr.wikipedia.org/wiki/BalanceTonPorc
https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F33891
https://www.ladn.eu/nouveaux-usages/etude-marketing/etude-les-francaises-et-le-harcelement-sexuel-au-travail/
https://lentreprise.lexpress.fr/rh-management/droit-travail/comment-MeToo-a-bouscule-les-prud-hommes_2038082.html
https://www.egalite-femmes-hommes.gouv.fr/wp-content/uploads/2018/02/Egalite-HF-Norvege-Tour-egalite.pdf

Écrit par

On pourrait m'appeler Saint Thomas : je ne crois que ce que je vois. Ce n'est pas pour rien que j'ai un cursus de scientifique ! Je rédige pour vous des contenus vérifiés et sourcés. Les arguments de vos produits ? Je les fais mien et je les sublime - dans le style sans aucun doute, mais surtout pour que le besoin exprimé par vos produits et services trouve sa cible...Et sinon, vous trouverez quelques-uns de mes articles sur Wriiters !

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